Extrait

Au fond
de Philippe Artières

Le 24/02/2017 à 09:56 - 0 commentaire

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Prix :

Philippe Artières

Seuil

03/03/2016

9782021220957

140

16 €

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ISBN : 9782021220957

Editeur : Seuil

Prix grand format : 16 €

 

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ISBN : 9782021220964

Editeur : Le Seuil

Prix grand format : 11.99 €

 

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Résumé du livre
Ce texte est composé de trois histoires contemporaines entremêlées et inscrites dans un même territoire : la Lorraine. La première histoire est naturelle, c'est celle de la forêt, celle qui couvre les contreforts du massif vosgien. Elle démarre à la Révolution française en traversant les trois guerres avec l'Allemagne voisine pour s'achever par la tempête de 1999. Ce récit se focalisera sur un massif particulier de Meurthe-et-Moselle.
La deuxième histoire est sociale, c'est celle du bassin houiller lorrain lors d'un événement isolé : la longue grève que menèrent plusieurs milliers de mineurs du 1er mars au 4 avril 1963 et qui annonça le début de la fin de l'exploitation du charbon en Lorraine. Il s'agit d'une chronique minutieuse de ces 35 jours de lutte. La troisième histoire est intime : il s'agit de la biographie d'un enfant, Horace, né le 3 août 1962 et mort le 22 mars 1965.

Elle se situe à quelques kilomètres de Forbach, à Valmont. Ce dernier récit est un journal construit comme un album photographique qui s'achève par la disparition tragique de l'enfant.

 

Premier chapitre

À mes sœurs Hélène et Cécile

 

 

Bien entendu, un historien, même s’il est un amateur, a toujours des documents. Le narrateur de cette histoire a donc les siens : son témoignage d’abord, celui des autres ensuite, puisque, par son rôle, il fut amené à recueillir les confidences de tous les personnages de cette chronique, et, en dernier lieu, les textes qui finirent par tomber entre ses mains. Il se propose d’y puiser quand il le jugera bon et de les utiliser comme il lui plaira. Il se propose encore...

Albert CAMUS, La Peste, 1947

 

 

Paris, automne 2013


Je sors de chez elle, ma seconde séance de la semaine ; je viens de lui serrer la main puis de lui remettre un billet froissé de cinquante euros ; elle me dit : « À mardi prochain. » Je n’ai pas envie de rentrer chez moi, j’ai besoin d’errer.

Je marche dans la ville. Rue Quincampoix, j’entre dans une galerie de photographie. L’espace est désert. Dans la deuxième pièce, je me retrouve soudain témoin d’une scène troublante. Ils sont deux, l’un derrière l’autre, debout, de dos, ils ont peut-être vingt ans ; on ne voit pas leurs visages, seulement leurs cheveux taillés pareillement ; leurs corps se ressemblent ; ils portent des vêtements identiques : une chemise de coton sous une paire de bretelles – sont-ils des frères jumeaux ? Dans cette forêt, les deux garçons paraissent hors du temps ; ils fixent tous les deux un point au loin ; dans la main de l’un d’entre eux pend une tronçonneuse rouge. Au second plan, un bel arbre, un chêne ; il est à terre ; ils viennent de l’abattre, il n’a plus de feuilles, comme tous les arbres environnants. C’est l’hiver. Au fond de l’image, on distingue de l’eau : un cours d’eau vaseux, un trou boueux ou bien une source. Nul ne saura jamais s’ils iront jusque-là ou resteront sur ce promontoire où ils se tiennent.

Je vais voir le galeriste et lui demande le prix de la photographie ; je sors mon chéquier et sans réfléchir lui fais un chèque de cinq mille euros. Il m’explique que je ne peux pas avoir l’œuvre maintenant mais qu’à la fin de l’exposition, je peux passer la chercher.

Pourquoi cette scène saisie par ce photographe m’a-t-elle troublé au point de vouloir la posséder ? Je ne connais pas ce bois, je n’ai pas foulé cette boue, je n’ai pas parlé à ces hommes ; on ne m’aperçoit pas sur l’image mais je suis là caché derrière un arbre. On ne voit pas l’enfant mais il est là à côté du photographe, on ne distingue pas le cadavre des morts et pourtant, ils demeurent là-bas dans cette terre remuée.

Et puis il y a cette autre photographie avec ces deux femmes ; elle est juste en face dans l’accrochage ; je les reconnais. Je les ai croisées à Cirey quand j’étais enfant. Le son de leurs voix se fait de plus en plus fort. Je ne comprends pas ce qu’elles disent, non qu’elles parlent une langue étrangère, mais parce qu’elles déparlent. Leurs voix me deviennent insupportables.

 

 

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