Extrait

Attachement féroce
de Vivian Gornick

Le 06/03/2018 à 08:31 - 0 commentaire

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Total pages :

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Vivian Gornick

Rivages

février 2017

9782743638672

266

20 €

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ISBN : 9782743638672

Editeur : Rivages

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ISBN : 9782743638986

Editeur : Éditions Rivages

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Résumé du livre
Icône du journalisme en Amérique, Vivian Gornick a surtout connu le succès en Amérique avec ses textes autobiographiques. Le plus « culte » , Attachement féroce, publié en 1987, paraît pour la première fois en français. Dans la lignée de L'Année de la pensée magique de Didion ou de Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? de Jeanette Winterson, Gornick s'empare d'un sujet universel : les relations mère-fille. Dès les premières pages, on tombe sous le charme de cette mère puissante et terrible. Vivian raconte l'amour fou qui les lie et leurs marches dans la ville. Elles arpentent New York et leur vie, avec une lucidité qui frappe en plein coeur.
Trad. Laetitia Devaux

 

Premier chapitre

J’ai huit ans. Ma mère et moi sortons de chez nous au premier étage. Devant la porte ouverte de l’appartement voisin, Mrs Drucker fume une cigarette. Ma mère ferme à clef et lui lance : « Qu’est-ce que vous fabriquez ici ? » Mrs Drucker désigne son logement en rejetant la tête en arrière. « Il veut me baiser. Je lui ai dit d’aller prendre une douche avant de me toucher. » Je sais qu’« il » est son mari. « Il », c’est toujours le mari. « Pourquoi ? Il est si sale ? » demande ma mère. « Moi, je le trouve sale », répond Mrs Drucker. « Drucker, vous êtes une putain », lance ma mère. Mrs Drucker hausse une épaule. « Peut-être, mais j’ai pas le droit de prendre le métro », rétorque-t-elle. Dans le Bronx, « prendre le métro » était un euphémisme pour « travailler ».

 

 

J’ai habité dans cet appartement entre l’âge de six et vingt et un ans. L’immeuble avait beau compter vingt logements, quatre par étage, je ne me rappelle que de femmes. Je n’ai presque aucun souvenir d’hommes. Pourtant, ils étaient partout – maris, pères ou frères – mais je ne me souviens que des femmes. Toutes vulgaires comme Mrs Drucker ou féroces comme ma mère. Quand elles parlaient, on avait l’impression qu’elles ne savaient ni qui elles étaient, ni quel pacte elles avaient conclu avec la vie. En revanche, elles se comportaient la plupart du temps comme si elles le savaient pertinemment. Futées, versatiles, illettrées, on les aurait crues issues des romans du naturaliste Theodore Dreiser. Il pouvait s’écouler plusieurs années de calme apparent, puis tout à coup, surgissait une éruption d’affolement et de violence. Au passage, deux ou trois vies étaient écorchées (voire détruites), et le tumulte s’apaisait. À nouveau : un calme morose, une torpeur érotique, la banalité ordinaire du déni quotidien. Et moi, la fille qui grandissait en leur sein, je me construisais à leur image, je les inhalais comme du chloroforme versé sur un tissu que l’on m’aurait plaqué sur le visage. J’ai mis trente ans à comprendre combien je les comprenais.

 

 

Ma mère et moi marchons dans la rue. Je lui demande si elle se souvient des femmes dans cet immeuble du Bronx. « Bien sûr », me répond-elle. Je lui explique que, selon moi, c’est la tension sexuelle qui les rendait folles. « Absolument, dit-elle sans ralentir le pas. Tu te souviens de Drucker ? Elle disait que si elle n’avait pas pu fumer une cigarette pendant que son mari la baisait, elle se serait jetée par la fenêtre. Et Zimmerman, qui occupait l’appartement de l’autre côté ? Elle s’était mariée à l’âge de seize ans, elle détestait son mari, elle disait toujours que s’il mourait au boulot (il était ouvrier dans le bâtiment), ce serait une mitsvah1. » Ma mère s’arrête et baisse le ton, effrayée par ses propres souvenirs. « En général, il la prenait de force. Il l’attrapait en plein milieu du salon et il la traînait jusqu’au lit. » Pendant quelques instants, elle a les yeux dans le vague. Puis elle ajoute : « Ces Européens. C’étaient des bêtes. Des bêtes, tout simplement. » Elle se remet en route. « Un jour, Mr Zimmerman s’est retrouvé à la porte. Il a dû sonner chez nous. Il avait du mal à me regarder. Il m’a demandé s’il pouvait passer par l’escalier de secours. Je n’ai pas dit un mot. Il a traversé le salon et il a escaladé la fenêtre. » Ma mère éclate de rire. « Cet escalier de secours, qu’est-ce qu’il a pu servir. Tu te souviens de Cessa, à l’étage du dessus ? Oh non, c’est impossible, elle n’est restée qu’un an après notre arrivée, ensuite, ça a été les Russes. Cessa et moi, on était très proches. C’est étrange, quand j’y repense. Nous, les femmes, on se connaissait à peine, on n’adressait presque jamais la parole à certaines. Pourtant, on vivait les unes au-dessus des autres, on passait sans cesse d’un appartement à l’autre. Tout se savait en un rien de temps. Au bout de quelques mois dans l’immeuble, toutes les femmes devenaient… intimes.

 

 

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