Extrait

Article 353 du code pénal
de Tanguy Viel

Le 20/03/2017 à 11:24 - 0 commentaire

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Date de parution :

ISBN :

Total pages :

Prix :

Tanguy Viel

Minuit

03/01/2017

9782707343079

176

14.50 €

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ISBN : 9782707343079

Editeur : Minuit

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ISBN : 9782707343093

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Résumé du livre
Pour avoir jeté à la mer le promoteur immobilier Antoine Lazenec, Martial Kermeur vient d'être arrêté par la police. Au juge devant lequel il a été déféré, il retrace le cours des événements qui l'ont mené là : son divorce, la garde de son fils Erwan, son licenciement et puis surtout, les miroitants projets de Lazenec.Il faut dire que la tentation est grande d'investir toute sa prime de licenciement dans un bel appartement avec vue sur la mer. Encore faut-il qu'il soit construit.

 

Premier chapitre

Sur aucune mer du monde, même aussi près d’une côte, un homme n’aime se retrouver dans l’eau tout habillé – la surprise que c’est pour le corps de changer subitement d’élément, quand l’instant d’avant le même homme aussi bien bavardait sur le banc d’un bateau, à préparer ses lignes sur le balcon arrière, et puis l’instant d’après, voilà, un autre monde, les litres d’eau salée, le froid qui engourdit et jusqu’au poids des vêtements qui empêche de nager.

Il y avait le bruit du moteur qui tournait au ralenti et les vagues à peine qui tapaient un peu la coque, au loin les îlots rocheux que la mer en partie recouvrirait bientôt, et puis les sternes ou mouettes qui tournaient au-dessus de moi comme près d’un chalutier, à cause de l’habitude qu’elles ont de venir voir ce qu’on remonte sur nos bateaux de pêche, en l’occurrence : un homard et deux tourteaux, c’est ce qu’il y avait dans le casier quand on l’a hissé, qu’on l’a soulevé tous les deux par-dessus le bastingage – puisque donc on était encore deux à ce moment-là, remontant ensemble le casier comme deux vieux amis qu’on aurait cru être, à déjà voir les crabes se débattre et cogner les grillages, en même temps qu’on le posait là, le lourd casier, dans le fond du cockpit. C’est lui qui a sorti le homard et l’a jeté dans le seau, avec assez de vigueur pour éviter les pinces qui ensuite s’échineraient sur les parois de plastique, lui, fier comme Artaban d’avoir pris un homard, il m’a dit : Kermeur, c’est mon premier homard, je vous l’offre.

Je ne saurais pas dire aujourd’hui si c’est cette phrase ou une autre, mais je sais que pas longtemps après, je le regardais frapper la mer de ses bras alourdis, indifférent aux gerbes d’écume qu’il déplaçait. Peut-être il a pensé que c’était une mauvaise blague. Peut-être il a pensé qu’il allait rejoindre un rocher ou un autre qui à marée basse se verrait affleurer. Même les sternes dans leurs rires avaient l’air de penser ça – elles, posées sur les arêtes coupantes des quelques roches lointaines qui déchiraient l’horizon, comme si elles trouvaient normal ce qui venait de se passer, je veux dire, ce type tombé dans l’eau froide et qui peinait à nager tout habillé, soufflait ce qu’il pouvait en répétant mon nom pour que je vienne l’aider, disant : Kermeur, merde, venez m’aider, Kermeur, qu’est-ce que vous foutez. Et il a ajouté des mots comme « bordel » ou « putain » ou « vous faites chier » en pensant que ça me pousserait à réagir. Mais cela, non, il n’en était pas question. Et déjà je sentais que même les mouettes, blanches et froides comme des infirmières à force de ne jamais cligner des yeux, même les mouettes, elles approuvaient.

Peut-être, j’ai pensé depuis, pour vraiment savoir ce qui s’est passé à ce moment-là, c’est à une mouette qu’il faudrait le demander. Puis je suis entré dans la cabine et j’ai poussé la manette des gaz, désormais seul à la barre d’un Merry Fisher de neuf mètres de long, comme si c’était mon propre bateau que je pilotais, assis sur le siège en cuir derrière la vitre piquée de sel, à mes pieds les tourteaux résignés. De l’extérieur, sûrement, on aurait dit que j’étais un vieux pêcheur habitué à sa sortie quotidienne, silencieux par nature et les gestes bien réglés, derrière moi le sillage bruyant qui recouvrait ses cris. Alors j’ai poussé la manette un peu plus fort, avec les quatre cents chevaux qui nous propulsaient, le bateau et moi, de sorte qu’en un quart d’heure à peine j’ai fait les cinq milles qui nous séparaient du port. Cinq milles, c’est sûr, ça ne se fait pas à la nage, encore moins dans une eau fraîche comme elle l’est sur nos côtes au mois de juin, et quand bien même, cinq milles nautiques, ça fait dans les neuf kilomètres.

 

 

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