Extrait

À malin, malin et demi
de Richard Russo

Le 13/11/2017 à 12:18 - 0 commentaire

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Richard Russo

Table Ronde

24/08/2017

9782710378112

610

24 €

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ISBN : 9782710378112

Editeur : Table Ronde

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ISBN : 9782710378129

Editeur : Editions de la Table Ronde

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Résumé du livre
Quand Douglas Raymer était collégien, son professeur d’anglais écrivait en marge de ses rédactions : "Qui es-tu, Douglas ?" Trente ans plus tard, Raymer n’a pas bougé de North Bath, et ne sait toujours pas répondre à la question. Dégarni, enclin à l’embonpoint, il est veuf d'une femme qui s’apprêtait à le quitter. Pour qui ? Voilà une autre question qui torture ce policier à l’uniforme mal taillé. De l’autre côté de la ville, Sully, vieux loup de mer septuagénaire, passe sa retraite sur un tabouret de bar, à boire, fumer et tenter d’encaisser le diagnostic des cardiologues : "Deux années, grand maximum." Raymer et Sully sont les deux piliers branlants d’une ville bâtie de travers. Quand un mur de l’usine s’écroule, tous ses habitants – du fossoyeur bègue au promoteur immobilier véreux, en passant par la femme du maire et sa case en moins – sont pris dans la tempête. De courses-poursuites en confessions, de bagarres en révélations, Raymer, Sully et les autres vont apprendre à affronter les grandes misères de leurs petites existences. C’est avec un plaisir communicatif que Richard Russo retrouve ici les personnages d’Un homme presque parfait, et nous livre une symphonie humaine féroce et déjantée.
(trad. Jean Esch)

 

Premier chapitre

Pour Howard Frank Mosher.

 

TRIANGLE

 

 

Le cimetière de Hilldale, à North Bath, était traversé en plein milieu par une route à deux voies goudronnée – ancien chemin pour charrettes à l’époque coloniale – qui séparait nettement les sections de Hill et de Dale. C’était à croire que les premiers et vigoureux habitants de la ville, à qui la mort n’était pourtant pas étrangère, avaient sous-estimé son ampleur et la surface nécessaire pour accueillir tous ceux qui succombaient aux rudes hivers, aux rencontres violentes avec des sauvages et aux maladies diverses. Ou bien était-ce, au contraire, la vie, leur propre fécondité, qu’ils avaient mal évaluée ? Paradoxalement, cela revenait au même. Le terrain situé à la périphérie de la ville était devenu trop petit, puis beaucoup trop petit, puis plein à craquer, et finalement, les morts avaient brisé les digues, se répandant sur la route désormais pavée, jusque dans les prés arides et au nouvel embranchement qui menait à la nationale. Quand et où s’arrêteraient-ils, nul ne le savait.

Bien que frappée par le fléau de la graphiose de l’orme durant les années 1970, et plus récemment par une moisissure qui s’attaquait aux racines des arbres, les affaiblissait, les étouffait et provoquait sans prévenir l’affaissement du sol, la section de Hill, celle d’origine, demeurait ravissante et ses plantations d’âge mûr apportaient ombre et douce brise aux visiteurs. Le terrain délicatement vallonné et ses allées de gravier sinueuses offraient une sensation de naturel et de confort, et donnaient même l’impression que ceux qui reposaient sous ses tertres pittoresques (certains défunts étaient enterrés là depuis avant la guerre d’Indépendance) avaient établi résidence ici par choix plutôt que par nécessité. On aurait pu croire qu’ils somnolaient paisiblement sous les pierres tombales penchées qui évoquaient des bonnets portés de manière canaille. Sachant qu’ils risquaient de se réveiller dans un monde où le labeur était encore plus présent que dans celui qu’ils avaient quitté, pouvait-on leur reprocher d’arrêter la sonnerie du réveil pour se rendormir pendant encore un quart de siècle ?

Par contraste, Dale, plus récent, était aussi plat que le dessus d’une table en Formica et aussi agréable esthétiquement. Ses allées pavées formaient un quadrillage, les tombes les plus contemporaines paraissaient brûlées et à vif, et la pelouse, surtout la partie la plus proche de la route, était un patchwork de jaunes pâlichons et de marrons excrémentiels. Les terres voisines, qui auraient dû accueillir le parc d’attractions de L’Ultime Évasion, étaient marécageuses et nauséabondes. Ces derniers temps, pendant les longues périodes de pluie, les eaux souterraines pestilentielles s’infiltraient sous la route, détrempaient le sol et entraînaient vers le bas de la colline les cercueils de ceux qui avaient été inhumés récemment. Après une bonne tempête, rien ne vous certifiait que la tombe sur laquelle vous veniez vous recueillir renfermait le même cercueil que la semaine précédente. Pour beaucoup de gens, cela défiait la logique. Avec toute cette eau infiltrée, Dale aurait dû être luxuriant et verdoyant, alors qu’en réalité tout ce qui y était planté se ratatinait et mourait, comme par solidarité avec ses habitants permanents, bien qu’instables. C’est un problème de contamination, disait-on. De mémoire d’homme, ces hectares putrides avaient toujours servi de décharge sauvage, c’était d’ailleurs pour cette raison que les promoteurs du parc d’attractions avaient pu les acheter à si bas prix. Récemment, au cours d’une longue sécheresse, des fûts métalliques, percés et ornés de têtes de mort, avaient fait surface. Certains, vieux et rouillés, laissaient échapper Dieu sait quoi ; des nouveaux venus portaient la mention « chrome », ce qui jetait un voile de méfiance sur la ville voisine de Mohawk, autrefois riche en tanneries, mais les accusations étaient pour l’essentiel réfutées catégoriquement et de manière convaincante. Quiconque voulait savoir ce que ces tanneries faisaient autrefois de leurs teintures et de leurs produits chimiques cancérigènes n’avait qu’à visiter la décharge locale, la rivière qui traversait la ville et le service d’oncologie de l’hôpital. Pourtant, ces fûts remplis de bouillie toxique venaient bien de quelque part, non ? Du sud de l’État très probablement. À ce sujet, l’histoire de l’État de New York était sans ambiguïté. La merde – liquide et solide, littéralement et métaphoriquement – remontait, au mépris de toutes les lois de la physique, souvent jusque dans les Catskills et parfois même jusque dans les Adirondacks.

 

 

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