Extrait

À ce point de folie ; d'après l'histoire du naufrage de La Méduse
de Franzobel

Le 22/10/2018 à 09:02 - 0 commentaire

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Franzobel

Flammarion

22/08/2018

9782081429406

518

22.90 €

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Résumé du livre
Le 17 juin 1816, La Méduse quitte Rochefort à destination de Saint-Louis, au Sénégal. À son bord, quelque 400 passagers et un équipage nombreux. Au commandement, un capitaine dont l’incompétence avérée est à l’origine du naufrage de la frégate après quelques jours de mer. Comme les chaloupes sont en trop petit nombre, 147 voyageurs sont abandonnés sur un radeau. Seuls quinze d’entre eux en réchapperont au terme de treize journées d’enfer, jalonnées de meurtres, de corps dépecés et d’ultimes stratégies de survie. L’un des rescapés, le médecin de bord Jean-Baptiste Henri Savigny, fera le récit de ce périple tragique, que le monde entier voudra connaître jusque dans ses détails les plus atroces… Mais qu’aurions-nous fait à leur place ? Dans ce roman historique et anthropologique mené tambour battant, Franzobel entraîne le lecteur aux frontières du supportable : son style – précis, poétique, cru – sert la tension dramatique et fraie sans cesse avec l’ignoble pour nous plonger au cœur du carnage. Magnétique et inquiétant, dérangeant et fascinant, l’ouvrage brise bien des tabous aux confins d’appétits inavouables…
traduction Olivier Mannoni

 

Premier chapitre

Water, water, every where,

And all the boards did shrink ;

Water, water, every where,

Nor any drop to drink.

Samuel Taylor Coleridge

Quand l'homme en arrive à ce point de folie,

il n'y a plus rien à lui dire ;

ses instincts deviennent ceux de la bête fauve,

et il faut s'apprêter à se défendre contre lui

comme on se défendrait contre quelque bête féroce.

Alexandre Dumas

 

 

Une matinée grasse

 

Trois fois neuf font un jeudi, et le 18 juillet de l'an 1816 était un jeudi magnifique. Pas un nuage ne troublait le ciel d'azur, le soleil était aveuglant, et même l'air d'ordinaire brumeux avait la limpidité du cristal. À environ trente nautiques de la côte d'Afrique occidentale, le brick L'Argus fendait les flots lisses de l'océan. Marsouins et dauphins bondissaient sur ses flancs, des mouettes tournoyaient dans son sillage, décrivant des arcs de cercle, montant et descendant, frôlant l'eau de la pointe de leurs ailes. À bord, les mouvements s'engrenaient avec autant d'harmonie que les pièces d'un rouage complexe. On ne ressentait pas le moindre effort.

Puis un grain de sable se glissa dans le mécanisme. Il était onze heures du matin, L'Argus voguait quelques nautiques au-dessus de Nouakchott, aujourd'hui capitale de la Mauritanie, à peu près à hauteur de Portendick, lorsque le matelot de vigie signala un objet deux degrés sur tribord. Personne ne soupçonna quoi que ce soit. Surtout pas nous. Mais nous le saurons bien assez tôt.

Quel genre d'objet ? Le capitaine, Léon Parnajon, tira sur sa pipe, se fit passer la longue-vue et ne vit rien, ni île ni navire. Une épave ? Des minutes s'écoulèrent encore avant que n'entre quelque chose dans le champ réduit de sa lorgnette : le commandant aperçut une plate-forme flottante où se dressait une tente. Des Maures ? Des Berbères ? D'autres sortes de chameliers ? Un abri pour nomades du désert emporté par les flots ? Des esclaves évadés ? À cette époque, il n'était pas rare que des Noirs maîtrisent leurs surveillants avec l'espoir absurde de fuir. Le capitaine cherchait toujours une explication quand il distingua une silhouette titubante, au bord de la plate-forme, la tête penchée en arrière et… oui, l'homme urinait, il urinait dans sa main, semblait-il et… Impossible ! il buvait le liquide. Dès que le pisseur leva les yeux et aperçut la voile de L'Argus, il se mit à sautiller furieusement et à mouliner des bras. Voilà même qu'il grimpait au mât, à présent, et agitait un chiffon.

Du calme, du calme, Pissetrogne. Nous t'avons repéré.

Le type ne tint pas très longtemps sur son mât, il se laissa glisser au sol avant de disparaître sous la tente. D'autres en sortirent alors, moulinant aussi des bras. Constatant que L'Argus les avait repérés, ils se jetèrent au cou les uns des autres et s'embrassèrent.

Non, ce ne sont pas des esclaves évadés. Pas des Négros. Peut-être des naufragés ? Ceux de La Méduse ? Inconcevable ! La Méduse s'est échouée il y a deux semaines ; à l'heure qu'il est, et avec un peu de chance, s'il reste des survivants c'est sur la côte, mais, selon toute vraisemblance, on ne trouvera que la coque.

 

 

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