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de Paul Auster

Le 09/01/2018 à 13:46 - 0 commentaire

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Paul Auster

Actes Sud

03/01/2018

9782330090517

1024

28 €

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ISBN : 9782330090517

Editeur : Actes Sud

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ISBN : 9782330098278

Editeur : Éditions Actes Sud

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Résumé du livre
À en croire la légende familiale, le grand-père nommé Isaac Reznikoff quitta un jour à pied sa ville natale de Minsk avec cent roubles cousus dans la doublure de sa veste, passa Varsovie puis Berlin, atteignit Ham­bourg et s’embarqua sur l’Impé­ratrice de Chine qui franchit l’Atlantique en essuyant plusieurs tempêtes, puis jeta l’ancre dans le port de New York au tout premier jour du xxe siècle. À Ellis Island, par une de ces bifurcations du destin chères à l’auteur, le nouvel arrivant fut rebaptisé Ferguson. Dès lors, en quatre variations biographiques qui se conjuguent, Paul Aus­ter décline les parcours des quatre possibilités du petit-fils de l’immigrant. Quatre trajectoires pour un seul personnage, quatre répliques de Ferguson qui traver­sent d’un même mouvement l’histoire américaine des fifties et des sixties. Quatre contemporains de Paul Auster lui-même, dont le “maître de Brooklyn” arpente les existences avec l’irrésistible plaisir de racon­ter qui fait de lui l’un des plus fameux romanciers de notre temps.

Gérard Meudal (Traducteur)

 

Premier chapitre

1.0

 

 

Selon la légende familiale, le grand-père de Ferguson serait parti à pied de sa ville natale de Minsk avec cent roubles cousus dans la doublure de sa veste, il aurait fait route vers l’ouest jusqu’à Hambourg en passant par Varsovie et Berlin et il aurait acheté un billet sur un bateau baptisé l’Impératrice de Chine qui traversa l’Atlantique à travers de rudes tempêtes hivernales pour entrer dans le port de New York le premier jour du xxe siècle. Pendant qu’il attendait d’être interrogé par un agent du service d’immigration à Ellis Island, il engagea la conversation avec un compatriote juif russe. L’homme lui dit : Oublie ton nom de Reznikoff. Il ne t’attirera que des ennuis dans ce pays. Il te faut un nom américain pour ta nouvelle vie en Amérique, quelque chose qui sonne vraiment américain. Comme l’anglais était encore une langue étrangère pour Reznikoff en 1900, il demanda à son compatriote plus âgé et plus expérimenté de lui faire une suggestion. Dis-leur que tu t’appelles Rockefeller, lui répondit l’homme. Tout ira bien avec un nom pareil. Une heure s’écoula, puis une autre et au moment où Reznikoff alors âgé de dix-neuf ans s’assit en face de l’agent de l’immigration pour être interrogé, il avait oublié le nom que l’homme lui avait dit de donner. Votre nom ? demanda l’agent. Se frappant le front de frustration l’immigrant épuisé laissa échapper en yiddish, Ikh hob fargessen ! (J’ai oublié !) Ainsi Isaac Reznikoff commença-t-il sa nouvelle vie en Amérique sous le nom d’Ichabod Ferguson.

Il connut des périodes difficiles, surtout dans les premiers temps, mais même quand il n’en était plus à ses débuts, rien ne se passa jamais comme il l’avait imaginé dans son pays adoptif. Il est vrai qu’il parvint à se trouver une femme juste après son vingt-sixième anniversaire et il est tout aussi vrai que cette femme, Fanny, née Grossman, lui donna trois fils robustes et pleins de santé, mais la vie en Amérique fut une lutte constante pour le grand-père de Ferguson depuis le jour où il débarqua du bateau jusqu’à cette nuit du 7 mars 1923 où il trouva une mort prématurée et inattendue à l’âge de quarante-deux ans, abattu lors du cambriolage de l’entrepôt de maroquinerie de Chicago où il travaillait comme gardien de nuit.

On n’a gardé aucune photo de lui mais tous les témoignages le décrivent comme un homme costaud, au dos solide et aux mains énormes, dépourvu de toute éducation et de toute formation, l’essence même du blanc-bec totalement ignorant. Lors du premier après-midi qu’il passa à New York, il croisa par hasard un marchand ambulant qui vendait les pommes les plus rouges, les plus rondes, les plus parfaites qu’il ait jamais vues. Incapable de résister il en acheta une et s’empressa de mordre dedans. Mais au lieu de la douceur qu’il attendait il lui trouva un goût étrange et amer. Pire encore, la pomme était d’une mollesse écœurante et dès que ses dents en eurent percé la peau, l’intérieur du fruit dégoulina sur le devant de son manteau comme une pluie de liquide rouge pâle parsemé de graines en forme de boulettes. Telle fut sa première découverte gustative du Nouveau Monde, sa première rencontre, qu’il n’était pas près d’oublier, avec une tomate de Jersey.

 

 

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